Venez déguster le Rare Rosé des Riceys

Le Rosé des Riceys fait figure d’exception en Champagne. Sur un territoire dominé par la bulle, cette AOP est vinifiée en vin tranquille, dans une couleur peu courante, et sur une seule commune. Zoom sur un produit rare, que vous aurez l’occasion de découvrir lors de la soirée vigneronne du 58e congrès.

Située tout au Sud de la Champagne dans la Côte des Bar et tutoyant la Bourgogne, Les Riceys est la plus grande commune viticole de Champagne avec 866 ha plantés. Ce bourg à la grande richesse architecturale et historique compte également une autre particularité : celle de posséder une AOP propre, le Rosé des Riceys.

La raison en est historique, une réputation construite au travers des siècles, riche en rebondissements relatés par les chercheurs Claudine et Serge Wolikow dans un ouvrage à paraître en juillet*. Comme pour tous les grands terroirs viticoles, l’histoire des Riceys est intimement imbriquée dans l’Histoire de France et celle de ses vins.

C’est en décembre 1947 qu’un décret officialise l’AOC Rosé des Riceys, consacrant la décision de l’INAO dont la commission d’enquête salue « des rosés de grande classe, très différents des « rosés » des autres régions, une appellation de notoriété très ancienne [attachée à] des vins colorés, excellents et d’un type spécial que l’on ne retrouve nulle part ailleurs en France. »


Un cahier des charges drastique

Au plan géographique, l’aire d’appellation Rosé des Riceys est « imbriquée » dans l’aire d’appellation champagne de la commune. 350 ha de pinot noir dont chaque parcelle est définie sur le cadastre, uniquement sur des coteaux particulièrement bien exposés et des sols kimméridgiens à 80 % minimum de calcaire.

Le cahier des charges est drastique, combinant les mêmes contraintes viticoles que l’appellation champagne, auxquelles s’ajoutent une exigence de degré minimum à la vendange (10 % vol. par la loi les vignerons producteurs s’imposant souvent 11 %) et un état sanitaire parfait. 15 jours/3 semaines avant les vendanges, les vignerons doivent effectuer une déclaration des parcelles qu’ils comptent élaborer en Rosé des Riceys, et l’organisme de certification AIDAC vient effectuer les contrôles.

Les raisins sont vinifiés en semi-macération carbonique : léger foulage pour obtenir du jus en fond de cuve, puis 4-5 jours de macération. « Ce sont des vins que l’on élabore au goût et non à la couleur, explique Pascal Morel, vice-président de l’appellation. Le goût « Rosé des Riceys » est quelque chose d’unique : ce n’est plus du blanc, et ce n’est pas encore du rouge. On va fleurter avec des arômes fruités et de la puissance, sans atteindre les arômes de vin rouge ni le tanin. Ce moment de basculement peut se jouer en une heure, souvent la nuit ! ».

Les Rosés des Riceys sont souvent assez teintés rouge clair, ce ne sont pas des rosés pâles. Ils sont systématiquement millésimés (produits seulement les années favorables), et ce sont des vins de garde, vendus souvent au bout de 3-4 ans, parfois avec un élevage sous bois (fûts de plusieurs vins).

Autre particularité du cahier de l’AOP : 100 % des vins sont contrôlés par l’organisme extérieur AIDAC à quoi s’ajoute une grande dégustation volontaire en février, qui réunit l’intégralité des producteurs ainsi que des œnologues. Tous les vins sont dégustés à l’aveugle et chaque producteur reçoit ensuite un rapport de dégustation de son vin.

Difficile de décrire le goût d’un rosé des Riceys. « Le cépage pinot noir tend à l’approcher du nord de la Bourgogne, bien sûr, reprend Pascal Morel, mais le cru bourguignon Irancy qui a lui aussi un rosé, est tout à fait différent et se boit plus jeune. » L’aromatique du Rosé des Riceys est souvent associée à  différentes variétés de cerise, souvent nuancées de violette ou de noisette.

En 2017, l’appellation a fêté ses 70 ans, donnant l’occasion de présenter une verticale complète de 1947 à 2010 aux médias. « Nous avons eu des vins extraordinaires, se remémore Pascal Morel, aucun madérisé, ce qui confirme le potentiel de garde exceptionnel et le caractère unique du Rosé des Riceys. »


Un vin de passion plus que de rentabilité

Pour autant, le Rosé des Riceys demeure un vin confidentiel. Sur les 350 ha de l’aire d’appellation, seuls 10 % à peine sont à ce jour revendiqués par une vingtaine de producteurs seulement. 60 000 bouteilles, quand l’appellation pourrait en produire dix fois plus. Le cahier des charges drastique, le travail à la vendange, l’exigence d’excellence lors de la dégustation de février n’y sont pas étrangers. La rentabilité non plus, puisqu’une bouteille de Rosé des Riceys doit pouvoir être vendue au prix d’une bouteille de champagne, ce qui n’est pas toujours facile à expliquer dans un contexte concurrentiel de vins rosés tranquilles tout à fait décalé.

C’est pourquoi le Rosé des Riceys a entamé une nouvelle stratégie, visant à revendiquer une identité tout à fait différente, déconnectée du rosé dans ses critères classiques. Il compte aussi sur une nouvelle vague de jeunes vignerons, passionnés par le produit, grands vinificateurs, et ce n’est pas une surprise si les bouteilles des Riceys se retrouvent aujourd’hui aussi bien en France qu’au Japon ou aux Etats-Unis.

Le travail effectué à l’occasion des 70 ans de l’appellation par Serge et Claudine Wolikow a bien l’intention d’ancrer l’appellation dans un terroir exceptionnel et une antériorité historique. Ceci afin de lui  donner des racines… et des ailes !

 

Par Joëlle Weiss, oenologue, journaliste-correspondant champagne

 

* « Rosé des Riceys, Tradition et exception en Champagne », par Serge Wolikow, professeur émérite de l’Université de Bourgogne, MSH Dijon, et ClaudineWolikow, maître de conférence honoraire d’histoire moderne, chercheur associé au Centre Georges Chevrier. 


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