Le terroir : définir, mesurer, gérer

Le terroir est un écosystème cultivé dans lequel la vigne est en interaction avec le climat et le sol. Les principaux facteurs du terroir sont aujourdhui quantifiables et peuvent être spatialisés à une échelle très fine. Cela permet aux viticulteurs de gérer leur vignoble dans un souci d’optimisation de l’expression du terroir.

1. DEFINIR LE TERROIR

Il est admis que les caractéristiques organoleptiques du vin sont influencées par le lieu où la vigne est cultivée. De nombreux facteurs interviennent dans ce processus, comme le sol (origine géologique, type de sol), les conditions climatiques et le relief.

Depuis plus de 50 ans, de nombreux chercheurs ont étudié le lien entre le terroir, d’une part, et la qualité et le style du vin, d’autre part. Ils l’ont fait le plus souvent à partir de leur propre discipline, la géologie, la pédologie, la géomorphologie, la microbiologie du sol ou encore la climatologie.

Même s’il est toujours intéressant de bien caractériser le milieu physique et biologique qui entoure la vigne, ce type d’approche rencontre deux limites. Tout d’abord, les différents facteurs qui interviennent dans l’effet terroir opèrent simultanément et interagissent. Ensuite, si on aborde l’effet terroir uniquement par les facteurs physiques, la démarche est condamnée à rester descriptive et ne peut permettre d’expliquer les mécanismes qui sont en jeu.

Il est un simple fait d’observation qu’on produit de très grands vins de terroir sur des sols très variés (PEYROSOLS acides dans le Médoc, CALCOSOLS à Saint-Emilion et en Bourgogne, PLANOSOLS dans certains crus très réputés à Pomerol), et sous des climats divers (Bourgogne, Bordeaux, Napa). Il est ainsi impossible de définir le sol idéal en terme de composition (pourcentage d’éléments grossiers, de matière organique et des différents minéraux, texture, profondeur), ni de décrire le climat idéal pour la vigne en terme de cumul de précipitations, de régime de températures ou encore de cumul d’heures d’insolation.

Seul le fait d’intégrer le fonctionnement de la vigne, en la mettant au cœur du système, permet d’expliquer les mécanismes qui font que le vin a un goût différent en fonction de son lieu d’origines. Cette approche pluridisciplinaire, centrée autour de la vigne, se retrouve bien dans la définition du terroir formulée par Seguin (1986) : « Le terroir est un écosystème, dans un lieu donné, dans lequel la vigne est en interaction avec les facteurs de l’environnement naturel et en particulier le sol et le climat ».

L’homme joue également un rôle important dans l’expression du terroir, car c’est lui qui décide de planter la vigne à un endroit donné et adapte les techniques viticoles et œnologiques les plus appropriées pour optimiser la qualité du vin et mettre en valeur l’expression du terroir à travers les caractéristiques organoleptiques du vin (van Leeuwen et Seguin, 2006).


2. IDENTIFIER LES FACTEURS DE L’ENVIRONNEMENT NATUREL QUI OPERENT SUR LE FONCTIONNEMENT DE LA VIGNE

Parmi les nombreux facteurs de l’environnement qui agissent sur le fonctionnement de la vigne, il y en a trois qui sont particulièrement importants : la température de l’air et du sol, l’alimentation en eau et la nutrition azotée.

 

2.1 LA TEMPERATURE DE L’AIR ET DU SOL

 

La température de l’air a un effet majeur sur le déroulement du cycle de la vigne : plus la température est élevée, plus les différents stades phénologiques sont atteints précocement.

Or, le moment où les raisins arrivent à maturité est déterminante pour l’obtention de grands vins de terroir. Si la maturité est atteinte trop tard (après la mi-octobre), les vins risquent d’être acides et végétaux.

Si elle est atteinte trop tôt dans la saison (au mois d’août), les raisins mûrissent au cœur de l’été. Dans ces conditions les vins sont alcooleux, et manquent de fraîcheur et d’expression aromatique. Une condition pour produire des vins à forte expression est donc d’obtenir une maturité entre le 10 septembre et le 10 octobre.

Dans une moindre mesure, la température du sol influe également sur la précocité de la vigne. Lorsque le raisin a du mal à atteindre la pleine maturité sous un climat donné, un sol chaud permet parfois de ramener l’époque de maturité à l’intérieur de la fourchette souhaitée. A l’inverse, sous un climat chaud un sol frais peut être un avantage.


2.2 LE REGIME HYDRIQUE DE LA VIGNE

La physiologie de la vigne est fortement influencée par le régime hydrique. Une contrainte hydrique (c’est-à-dire une limitation de l’alimentation en eau) provoque un arrêt de croissance des rameaux et réduit également la croissance des baies. Lorsqu’elle est modérée, elle permet d’obtenir des raisins moins acides et plus riches en composés phénoliques.

Ce sont des conditions favorables à l’obtention de grands vins rouges de garde. Lorsque la contrainte hydrique est très forte (on parle alors de stress hydrique) elle pénalise la photosynthèse et peut bloquer la maturation.

L’état hydrique de la vigne dépend de nombreux facteurs : la réserve en eau du sol, les précipitations, la demande évaporative (Evapotranspiration potentielle ou ETP), le matériel végétal et la conduite de la vigne, en particulier la surface foliaire par hectare. Le régime hydrique est très fortement influencé par le type de sol et les conditions climatiques. Par conséquent, il s’agit d’un facteur majeur du fonctionnement des terroirs.


2.3 LA NUTRITION AZOTEE DE LA VIGNE

La vigne prélève des minéraux dans le sol.  Pour tous les minéraux, il est important d’éviter des situations de carence ou d’excès qui peuvent perturber le fonctionnement physiologique de la vigne.

Cependant, en-dehors de ces situation extrêmes, aucune étude sérieuse ne montre un effet déterminant sur la composition du raisin pour la plupart des minéraux. L’azote fait exception à cette observation. Le statut azoté de la vigne est déterminant pour son fonctionnement. Il influence la vigueur, la croissance des rameaux, la taille des baies, l’acidité du raisin, sa teneur en composés phénoliques et son profil aromatique.

Il est admis qu’une nutrition azotée modérément faible est souhaitable pour produire des vins rouges de garde, car elle limite la taille des baies et stimule la synthèse des composés phénoliques. Le statut azoté de la vigne doit être un peu plus élevé pour la production des raisins blancs, dans lesquels on ne souhaite pas la présence en grande quantité de tanins. Par ailleurs, une trop faible nutrition azotée pénalise la teneur en précurseurs de thiols volatils et donc le potentiel aromatique des cépages comme le Sauvignon blanc (Peyrot des Gachons et al., 2005).


3. MESURER LES PARAMETRES DU TERROIR

3. MESURER LES PARAMETRES DU TERROIR

Au cours des dernières années, de nombreux outils ont été développés pour quantifier avec précision, et de manière opérationnelle, les principaux paramètres du terroir. Lorsqu’on se donne les moyens pour réaliser ces mesures avec une résolution spatiale élevée, il est possible de cartographier ces paramètres.

 3.1. CARTOGRAPHIE DES SOLS

La cartographie des sols est classiquement réalisée à l’aide de sondages à la tarière et l’étude de profils. La mesure de la résistivité électrique du sol, à un maillage très fin, permet d’augmenter significativement la précision des cartes obtenues (Tabbagh et al., 2000), comme le montre la figure 1.

Figure 1 – Exemple de l’utilisation de résistivité électrique du sol (carte de gauche) pour la cartographie des sols (carte de droite).


3.2. EVALUER LE CLIMAT ET SON EFFET SUR LA PHENOLOGIE DE LA VIGNE

3.2. EVALUER LE CLIMAT ET SON EFFET SUR LA PHENOLOGIE DE LA VIGNE

Les paramètres climatiques sont classiquement mesurés dans des stations climatiques. La plupart des régions viticoles disposent de très longues séries qui permettent de caractériser la variabilité inter-annuelle des conditions climatiques et son évolution sur le long terme.

En revanche, peu de données existent sur la variabilité spatiale du climat à l’intérieur de ces régions viticoles. La miniaturisation des abris météo et des capteurs de température permettent aujourd’hui de cartographier la variabilité des températures à une échelle très fine (Quénol et al., 2015).

Un modèle a été développé pour simuler avec précision l’effet des températures sur l’occurrence des principaux stades phénologiques. Ce modèle, appelé Grapevine Flowering Veraison model, ou GFV, permet de prévoir les dates de floraison et véraison (Parker et al., 2011). Cela a permis d’établir des classifications de la précocité pour des dizaines de cépages (Parker et al., 2013).

Le couplage des cartes de températures ou de sommes thermiques (figure 2) avec des modèles phénologiques est un outil précieux pour aider les viticulteurs dans le choix de leur matériel végétal.

Figure 2 – Cartographie de la somme des températures base 10°C du premier janvier au 31 octobre (indice Winkler) sur les appellations Saint-Emilion, Pomerol et leurs satellites pour l’année 2012. Plus l’indice est élevé, plus le secteur est chaud.

 


3.3. EVALUER L’ETAT HYDRIQUE DE LA VIGNE

3.3. EVALUER L’ETAT HYDRIQUE DE LA VIGNE

De nombreux outils ont été développés pour évaluer les conditions d’alimentation en eau de la vigne (van Leeuwen et al., 2009). Parmi ces indicateurs, deux sont particulièrement pertinents : La mesure du potentiel tige et la mesure de la discrimination isotopique du carbone 13 mesurée sur les sucres du moût à maturité (appelé δ13C).

 Le potentiel tige est mesuré à l’aide d’une chambre à pression. Une feuille de vigne est enfermée dans un sachet opaque une heure avant la mesure. A l’obscurité, les stomates se ferment et le potentiel de l’eau dans la feuille s’équilibre avec le potentiel de l’eau dans le xylème.

Au moment de la mesure (par convention au plus chaud de la journée, entre 14H et 16H), le potentiel ainsi mesuré représente la contrainte hydrique subie par la vigne. Il est d’autant plus négatif que la contrainte hydrique est forte. La mesure est facile à réaliser et l’équipement abordable (environ 4000 € pour une chambre à pression). Malheureusement cette mesure ne peut pas être automatisée.

Il est tout à fait possible de suivre à l’aide de cette technique avec précision l’évolution du régime hydrique au cours de la saison sur un nombre limité de parcelles d’une exploitation (parcelles de référence). En revanche, il n’est pas possible de suivre toutes les parcelles d’une exploitation et encore moins de mettre en évidence une variabilité du régime hydrique à l’intérieur d’une parcelle.

La mesure de la discrimination isotopique du carbone 13 (δ13C) est basée sur le principe que le rapport des isotopes 13C/12C des sucres produits par la photosynthèse augmente avec la contrainte hydrique.

Des raisins produits par des vignes qui ont subi une contrainte hydrique pendant la période de maturation sont donc relativement riches en 13C. Le rapport 13C/12C peut être mesuré par des laboratoires spécialisés sur un échantillon de moût à maturité à un prix compris entre 30€ et 50€ en fonction du nombre d’échantillons. Le viticulteur a juste à prélever du jus de raisin et l’envoyer au laboratoire. L’interprétation du résultat est aisée.

Par conséquent, il est possible avec cette méthode de réaliser une évaluation du régime hydrique sur un grand nombre de parcelles et même de réaliser des cartographies à l’échelle intra-parcellaire (figure 3). Des cartes du régime hydrique d’une grande finesse peuvent ainsi être obtenues.

Figure 3 – Cartographie de l’état hydrique de la vigne obtenue avec la mesure du  δ13C mesuré sur le moût à maturité d’une propriété à Saint-Emilion. Comparaison avec la carte des sols. La densité de prélèvement a été de 10 échantillons par hectare.


3.4. EVALUER LE STATUT AZOTE DE LA VIGNE

3.4. EVALUER LE STATUT AZOTE DE LA VIGNE

Il est très difficile de connaître les conditions d’alimentation en azote de la vigne à partir d’une analyse de sol. En revanche, de nombreuses méthodes ont été développées pour évaluer les conditions d’alimentation en azote de la vigne directement à partir de mesures réalisées sur la vigne elle-même : teneur en azote des pétioles ou des limbes, teneur en azote assimilable du moût ou l’évaluation de l’intensité de la coloration verte du limbe à l’aide d’un N-tester.

Toutes ces méthodes donnent de bons résultats. La mesure de l’azote assimilable du moût présente l’avantage d’être bon marché. Par conséquent, il est possible de multiplier les mesures et d’obtenir des cartes du statut azoté de la vigne d’une grande précision (figure 4).

Il faut cependant noter que la mesure de l’azote assimilable par la technique IRTF (Infra Rouge  Transformée de Fourier) est insuffisamment précise et il faut lui préférer la méthode de formol titration ou encore le dosage de l’azote alpha aminé.

Figure 4 – Cartographie du statut azoté de la vigne à partir du dosage de l’azote alpha aminé + NH4+ dans le moût de raisin à maturité d’une propriété en AOC Haut-Médoc.


4. LA GESTION DU TERROIR

Ces outils de gestion peuvent être utilisés à différentes échelles spatiales, de la parcelle (gestion intra-parcellaire) à la petite région (délimitation des zones de production). Ils permettent aussi bien de déterminer les choix stratégiques (choix du matériel végétal, systèmes de conduite) que de piloter le vignoble en fonction du millésime (entretien du sol, opérations en vert). Ils peuvent donc être utilisés par le viticulteur mais également par les différents acteurs de la filière, les ODG en particulier.


4.1. LE CHOIX DES PARCELLES

L’utilisation des outils de diagnostic montre la diversité de sols au sein d’une même parcelle. Le viticulteur doit donc aujourd’hui travailler de manière plus précise et adapter plus finement le cépage et son porte-greffe associé en tenant compte de cette hétérogénéité intra-parcellaire.

A l’échelle de la région, ils permettent de délimiter plus finement les zones de précocité par l’étude du topo-climat et du régime hydrique et azoté. On peut donc envisager un redécoupage intra-régional pour l’obtention de différents produits, blancs, rosés ou rouges en particulier. En tenant compte du réchauffement climatique, les secteurs Nord des topo-séquences, souvent délaissés, peuvent présenter des atouts majeurs à l’avenir pour préserver la fraîcheur des vins.


4.2. LE CHOIX DU MATERIEL VEGETAL

4.2.1. LE CHOIX DU CEPAGE

 Bien que limitée en vignoble d’AOC, l’adaptation des cépages demeure un élément clé de la gestion du Terroir. Il s’agit aujourd’hui d’étudier le comportement de cépages locaux, souvent oubliés car ne correspondant pas aux objectifs de production passés.

Ces cépages anciens, qui n’ont pas bénéficié du travail de sélection clonale et sanitaire opéré pour les cépages majeurs, représentent un impressionnant réservoir de biodiversité. A titre d’exemple, en Champagne, l’Arbane, le petit Meslier, le Pinot blanc, le Pinot gris sont des cépages qu’il est toujours possible de cultiver en AOC mais qui sont très peu représentés. Les viticulteurs ont donc un rôle à jouer pour préserver le patrimoine ampélographique de leur région qui représente une clé essentielle de l’adaptation aux variations de l’environnement.

Dans le cas des régions méridionales où l’on cultive le Sauvignon blanc par exemple, le réchauffement climatique conduit souvent à une perte d’acidité. Le profil aromatique de cette variété est marqué par les thiols volatils. Des cépages plus tardifs également  producteurs de thiols, comme le Colombard, présentent une opportunité pour le viticulteur de préserver la fraîcheur de ses vins sans s’écarter du profil aromatique d’origine.

A l’échelle de la région, il est nécessaire d’installer rapidement des parcelles de phénotypage comportant des cépages autochtones ainsi que des cépages plus méridionaux pour connaître plus précisément leur comportement dans chacune des régions de production. 


4.2.2. LE CHOIX DU CLONE

4.2.2. LE CHOIX DU CLONE

La classification historique des clones en catégorie A, B, ou C a orienté les viticulteurs très majoritairement vers les clones A jugés alors de meilleure qualité.

La modification des conditions environnementales nous encourage à nous tourner pour les parcelles les plus précoces vers les clones délaissés autrefois car moindre producteurs de sucre et plus difficiles à faire mûrir. L’étude de clones de Cabernet franc (van Leeuwen et al., 2013) montre que sur une même parcelle, on peut mesurer plus d’un degré d’écart d’alcool potentiel entre clones à la même date (figure 5). Pour le Pinot noir, nous comptons 47 clones agréés, mais également 800 clones en collection (conservatoire), qui ne sont pas caractérisés. Il reste un important travail à faire pour étudier leur phénologie en particulier.

Figure 5 – Variabilité du degré potentiel dans une collection d’étude de 18 clones de Cabernet franc (2009).


4.2.3. LE CHOIX DU PORTE-GREFFE

Les chiffres de la pépinière française sont éloquents : sur 197,9 millions de plants greffés-soudés produits en 2014, 129,9 millions (soit les deux tiers) ont été greffés sur seulement 4 porte-greffe : SO4, 110R, 3309C, Fercal (FFPV, 2014). Les vignes mères françaises comptent 27 porte-greffe différents, sur plus de trente dans le monde.

Notre panel de porte-greffe utilisés est trop restreint. La recherche d’une meilleure adaptation à la sécheresse en particulier, ainsi que l’allongement du cycle végétatif doit permettre aux viticulteurs d’installer leur vignoble durablement en tenant compte du réchauffement climatique.


4.3. L’ENTRETIEN DU SOL

4.3. L’ENTRETIEN DU SOL

L’entretien mécanique du sol vise à gérer l’alimentation en eau et en azote de la vigne. Le retour souhaitables à ces pratiques traditionnelles, suite à l’usage massif des herbicides ces 40 dernières années, conduit souvent les viticulteurs à commettre des erreurs graves. Le travail du sol sous le rang, ainsi que les décompactages profonds, en particulier en vignes étroites, provoque avant tout la destruction du système racinaire. La baisse de vigueur qui en découle affecte une majorité des parcelles converties. Ces changements de méthode d’entretien du sol doivent être utilisées avec parcimonie et pratiquées avec prudence de manière très progressive.

L’enherbement de l’inter-rang permet de préserver un peu de biodiversité dans la parcelle viticole. Il héberge une partie de la faune auxiliaire, permet une meilleure portance des sols, et contribue à la diminution de l’érosion.

C’est également un outil de pilotage de la vigueur par concurrence hydrique et minérale de la vigne. Le viticulteur peut adapter l’enherbement en modulant la surface enherbée ainsi que par le choix des espèces semées le cas échéant. La crainte des viticulteurs, en particulier sous pédo-climat méditerranéen, est d’accentuer les phénomènes de sécheresse.

Les travaux de Pieri et al. (1999) montrent que la présence de l’herbe au printemps limite l’installation de la surface foliaire de la vigne et donc réduit son évapo-transpiration. La vigne est ainsi mieux adaptée aux conditions de sécheresse estivale. Le viticulteur peut en début d’été supprimer temporairement l’enherbement si le risque de contrainte hydrique sévère apparait, ou pratiquer une tonte rase. L’usage de la chambre à pression et la cartographie du δ13C permettent au viticulteur d’élaborer sa stratégie de gestion des parcelles, en fonction du niveau de contrainte hydrique mesurée.

En Catalogne, où il ne tombe que 200 mm de précipitations d’avril à septembre, cette technique est utilisée en routine dans les vignobles Raimat (photo 1). Le girobroyeur utilisé à la fin du printemps est muni de déflecteurs qui dirigent les résidus de tonte sous le rang. Le mulch produit limite l’évaporation du sol et empêche le développement de l’herbe sous le rang en cas de pluies estivales.

 Photo 1 - broyage de l’herbe et mulching en Catalogne


4.4. LA FERTILISATION

Le raisonnement doit être basé sur la gestion de la matière organique à la parcelle. Le viticulteur doit exporter la matière organique de ses parcelles trop vigoureuses (bois de taille, résidus de tonte), pour la réimporter en la recyclant sur place sous forme de compost, dans les parcelles nécessitant  des apports d’azote. La cartographie de l’azote assimilable des moûts pour chaque parcelle est un outil précieux de gestion azotée.

Une des difficultés majeures consiste en la gestion des oligo-éléments. Ils ont été peu étudiés sur la vigne, et des carences surviennent régulièrement en période de contrainte hydrique sévère qui provoque des déséquilibres dans l’assimilation minérale de la plante. Des travaux complémentaires devraient être menés sur ce sujet. 


4.5. LE SYSTEME DE CONDUITE

Dans les vignobles septentrionaux ou en conditions de climat océanique, le viticulteur a recherche l’installation d’une surface foliaire importante, soit par l’augmentation de densité de plantation ou encore la hauteur de feuillage pour augmenter la photosynthèse, afin d’améliorer le rendement et la qualité de ses produits.

En conditions méditerranéennes, la vigne est établie depuis des millénaires en gobelet, à faible ou moyenne densité, ce qui permet de réduire la surface foliaire et donc d’adapter la vigne  à la sécheresse estivale. Si le réchauffement climatique observé conduit à l’avenir à augmenter l’évapotranspiration, il pourrait s’accompagner également d’une diminution des précipitations pour certaines régions.

La réduction de la surface foliaire et donc du rendement est le moyen naturel le plus efficace pour adapter la vigne au changement climatique. Il faudra alors inventer un modèle économique visant à valoriser davantage les produits de ces vignobles, s’inscrivant dans une agriculture durable, moins consommatrice d’eau. Une baisse des coûts de production (mécanisation de la récolte des vignes en gobelet) permettra également de produire des raisins à un prix compétitif, malgré des rendements relativement faibles.

Photo 2 – Vigne conduite en gobelet méditterranéen


CONCLUSION

La notion de terroir relie les caractéristiques d’un vin à son lieu d’origine. Les facteurs d’environnement influencent le fonctionnement de la vigne et la composition du raisin.

Le climat agit, à travers les températures, sur la précocité du cycle et les possibilités de maturation. Les précipitations et l’évapotranspiration influencent l’état hydrique.

Le sol fournit l’eau et les minéraux (en particulier l’azote) dont la vigne a besoin pour se développer. Des outils sont aujourd’hui disponibles pour quantifier les températures, la précocité des stades phénologiques, le régime hydrique et le niveau de satisfaction des besoins en azote de la vigne, à une résolution spatiale élevée.

Pour valoriser au mieux le terroir, le viticulteur peut aujourd’hui utiliser cette information pour optimiser le choix du matériel végétal, du système de conduite, de l’entretien du sol et de la fertilisation.


REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

FFPV, 2014. Congrès de la Fédération Française de la Pépinière Viticole. Avignon, décembre 2014.

 

Parker A., Garcia de Cortazar Atauri I., van Leeuwen C. and Chuine I., 2011.

A general phenological model to characterise the timing of flowering and veraison of Vitis vinifera L.

Aust. J. Grape Wine Res., 17, n°2, 206-216.

 

Parker A., Garcia de Cortázar-Atauri I., Chuine I., Barbeau G., Bois B., Boursiquot J.-M., Cahurel J.-Y., Claverie M., Dufourcq T., Gény L., Guimberteau G., Hofmann R., Jacquet O., Lacombe T., Monamy C., Ojeda H., Panigai L., Payan J.-C., Rodriquez-Lovelle B., Rouchaud E., Schneider C., Spring J.-L., Storchi P., Tomasi D., Trambouze W., Trought M., van Leeuwen C., 2013.

Classification of varieties for their timing of flowering and veraison using a modeling approach.  A case study for the grapevine species Vitis vinifera L.

Agr Forest Meteorol, 180, 249-264.

 

PEYROT DES GACHONS C., VAN LEEUWEN C., TOMINAGA T., SOYER J.-P., GAUDILLERE J.-P. and DUBOURDIEU D., 2005.

The influence of water and nitrogen deficit on fruit ripening and aroma potential of Vitis vinifera L. cv Sauvignon blanc in field conditions.

J. Sci. Food Agric., 85, n°1, 73-85.

 

PIERI P., RIOU C., DUBOIS C., 1999.

Application of a water balance model to analysis of competition for nitrogen and water in vine-grass systems.

 Acta Horticulturae, 493, 493.

 

QUÉNOL H., DE RESSÉGUIER L., LEROUX R. et VAN LEEUWEN C., 2015.

Adaptation de la viticulture au changement climatique. Vers des scenarii à haute résolution. Exemple des vignobles de Saint-Emilion et Pomerol.

Revue des oenologues, n°157, Hors Série,  novembre 2015, 14-15.

 

SEGUIN G., 1986.

“Terroirs” and pedology of vinegrowing.

Experientia, 42, 861-873.

 

tabbagh A., Dabas M., Hesse A. and Panissod C., 2000.

Soil resistivity: a non-invasive tool to map soil structure horizon.

Geoderma, 97, 393-404.

 

VAN LEEUWEN C., FRIANT Ph., SOYER J.-P., MOLOT C., CHONE X. et DUBOURDIEU D., 2000.

 L’intérêt du dosage de l’azote total et l’azote assimilable dans le moût comme indicateur de la nutrition azotée de la vigne.

J. Int. Sci. Vigne Vin. 34, n°2, 75-82.

 

VAN LEEUWEN C. and SEGUIN G., 2006.

The concept of terroir in viticulture.

J. Wine Research, 17, n°1, 1-10.

 

van Leeuwen C., Trégoat O., Choné X., BOIS B., PERNET D. and Gaudillère J.-P., 2009.

Vine water status is a key factor in grape ripening and vintage quality for red Bordeaux wine. How can it be assessed for vineyard management purposes?

J. Int. Sci. Vigne Vin, 43, n°3, 121-134.

 

van Leeuwen C., Roby J.-P., Alonso-Villaverde V. and Gindro K., 2013. Impact of clonal variability in Vitis vinifera Cabernet franc on grape composition, wine quality, leaf blade stilbene content and downy mildew resistance.

J. Agric. Food Chem., 61, n°1, 19-24, doi: http://dx.doi.org/10.1021/jf304687c.

 

 


  Partager cet article

  A lire aussi...

Parlez-vous le "champenois" ?


Le meunier par Yann Munier.


La Champagne réfléchit sur ses densités/ha


Le réseau « Matu » ou l’effervescence avant les vendanges


Le fractionnement : 1 cuvée, 2 tailles.


Un marc, des mots